Présentation du magnifique parc naturel régional des Bauges: Faune, flore, architecture, traditions...
Les Bauges, un repère de bêtes fauves, une tanière de sanglier ? Telle est l’origine étymologique du nom que porte ce massif situé sur les confins de la Savoie et de la Haute-Savoie. Monde riche par l’originalité de son aspect, de sa géologie, par la spécificité de sa flore et de sa faune, par l’histoire de ses habitants et de leurs activités, il est digne d’une attention particulière. La création d’un parc naturel régional en 1995 souligne encore ces caractères particuliers. Il ne va pas être ici question de développer toutes les spécificités des bauges mais seulement de faire apparaître les éléments caractéristiques qui en font un massif à part.
Consultez aussi notre dossier sur les fours à pain des Bauges
Sommaire:
Géologie
Flore
Faune
L'homme dans les Bauges
L'agriculture
Une saison en alpage
L'agriculture de nos jours
Les activités saisonnnières
Les Villages
Architecture
Un parc pour quoi faire?
Un poème de samivel
Bibliographie
GEOLOGIE

Source de l'image:http://www.geol-alp.com/(un site excellent sur la géologie des Alpes)
La terre est un astre vivant qui ne cesse de manifester son activité depuis sa formation présumée, il y a 4. 6 milliards d’années. Il y a 40 millions d’années, l’ex-plaque eurasiatique et l’ex-plaque africaine ont commencé leur affrontement et ont donné naissance à une chaîne de montagne : les Alpes. Ces deux plaques étaient séparées par la mer Thétis au fond de laquelle se sont déposés successivement des strates de sédiments, apportés par les cours d’eau, et emprisonnant au passage coquillages et crustacés. Le résultat de la sédimentation est le calcaire formé essentiellement de calcite.
La mer a disparu et les alpes se sont soulevés de « l’intérieur ». Ceci a fracturé la couche de sédiments pour créer un véritable mille feuille. Ces fractures sont très importantes pour comprendre la suite car elles vont diriger les masses d’eau tombant sur le massif et façonner un paysage particulier :le karst
- les Bauges appartiennent aux massifs pré alpins :
Ces massifs sont qualifiés de chaîne pré alpine par les géologues car ils se situent entre les Alpes cristallines et l’avant pays molassique. Le massif des Bauges fait suite à la Chartreuse au sud et aux Bornes au nord. Sa limite occidentale est fournie par le bassin molassique péri alpin et sa limite orientale par la combe de Savoie.
Le massif est limité au sud par la trouée de Chambéry-Montmélian et au nord par celle d’Annecy Faverges Ugine. Ces trouées ont étés élargis par les glaciers quaternaires.
Les géologues délimitent le massif en deux parties :
-Les bauges occidentales :bande étroite entre Chambéry et Annecy comportant les chaînons Du Revard-Semnoz et celui du Margériaz.
-Les bauges orientales constituées par la plus grande partie des montagnes du massif, jusqu’au rebord subalpin dominant la combe de Savoie.
Les paysages que nous avons aujourd’hui sous nos yeux, résultent de la surrection des alpes et de l’érosion. Les Bauges reçoivent d’importantes quantités d’eau à cause des influences océaniques. En effet, nous sommes dans l’un des endroits les plus pluvieux de France. Il tombe 1652 mm d’eau aux Aillons (alt. : 900 m) alors qu’à Brest, en Bretagne, ville réputée pluvieuse, il ne tombe que 852 mm par an. Mais où passe cette eau, nous devrions avoir des rivières partout ?
Nous avons vu que lors du soulèvement des alpes les strates calcaires se sont fracturées en tout sens(diaclase). L’eau de pluie ou de fonte va alors s’infiltrer. C’est ici qu’intervient une érosion propre aux massifs calcaires : la dissolution.
Le CO 2 que contient l’eau va avoir une action acide sur le calcaire et le dissoudre. L’eau va donc couler le long des fractures et les élargir par une action chimique. Des études réalisées sur le Margeriaz à partir de la résurgence des Pissieux nous montre une érosion de l’ordre de 85 mm par millénaires soit 242 T par Km carré et par an. Le processus de gélifraction va contribuer à l’érosion.
Les paysages calcaires modelés par cette érosion sont connus sous le nom de : karst
Les paysages du karst
Un circuit thématique sur le modelé karstique a été mis en place par le parc des Bauges. Il constitue un outil intéressant pour la découverte de la géologie du massif. En effet, le circuit balisé avec des arrêts numéroté permet l’observation des différents types de dolines(en chaudron, en baquet, en entonnoir), des lapiaz arrondi(forestier), lapiaz à crêtes aiguës, anciens méandres, bocase avec marmites de géant aujourd’hui en surface, fossiles. Le sentier débouchant sur une crête permet d’effectuer une lecture du paysage et de voir les différentes strates.
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Les glaciations quaternaires et leur traces :
Les quatre époques les plus récentes de glaciations mondiales sont dans l’ordre d’ancienneté décroissante, celle de Günz(-900000 ans), Mindel(-400000 ans), Riss(-180000 ans) et enfin Würm(-70000 à –20000 ans).Les traces les plus fraîches datent de la dernière glaciation dont le maximum d’extension remonte à environs 50000 ans.
L'arête sud du Roc des Bœufs porte deux épaulements, l'un cotant 1432 m, l'autre 1500 m, d'où une altitude de glacier voisine de 1550 m.
Dans le massif des Bauges nous trouvons une forme particulière de dépôt glacière ; les drumlins. Ils se présentent sous la forme de collines en dos de baleine comme dans la vallée qui descend du col du frêne sur Ecole-en-Bauge qu’empruntait une diffluence du glacier de l’Isère.
Un autre exemple de drumlins se situe sur les piémonts du massif en aval du rocher de Montmélian, dans la vallée de l’isère.
Source:http://www.geol-alp.com/
FLORE DU MASSIF DES BAUGES
Le massif possède une grande variété de milieux. En effet, Le relief s’étage de 250 m(combe de Savoie) jusqu’à 2200 m (pointe de l’Arcalod). De plus, les hommes ont fortement influencé la flore par leurs activités(pastoralisme, défrichage, reforestation …).
Aujourd’hui, une des missions du PNR est de recenser ces milieux et les espèces qu’ils abritent afin de mieux les protéger.
En savoir plus:www.parcdesbauges.com/
C’est le milieu qui a subi le plus de pression anthropique. Situé à proximité immédiate des villes portes du massif, il disparaît rapidement face à l’urbanisme mais aussi à cause d’une agriculture de type intensive (maïs en particulier). Les milieux humides sont les plus touchés et disparaissent sous les zones industrielles de la combe de Savoie ou de la cluse de Chambéry. On peut espérer avec le projet « Grand lac » que ces milieux soit protégé.
Les espèces caractéristiques sont le chêne pédonculé, les frênes, les saules, roselières. L’homme produit du maïs et entretien des prairies.
Les collines chaudes du pourtour du massif, où la couche de sol n’est que superficielle, regroupent des espèces thermophyles comme le chêne pubescent ou le buis.
Il faut leur associer de nombreux arbustes comme le bois de sainte Lucie, cornouiller sanguin, viorne, troène, aubépine, sorbier, genévrier. On trouve aussi sur les pelouses sèches une grande diversité d’orchidacées, orchis, ophrys, fabacées : astragale de Montpellier, trèfle des montagnes, bugrane jaune et sur les lisières ensoleillées : géranium sanguin, laser à large feuille, trèfle pourpre
L’homme cultive la vigne (sud, sud est), des prairies de fauche, et des vergers.
A cet étage, on va trouver des taillis de hêtre sur calcaire, des hêtraies sapinière sur tout sol, des épicéas abondants en altitude sur lapiaz ou sur sol très acide, le sapin sur versant nord et Nord-ouest.
On peut noter aussi des landes et pelouses abandonnées, des prairies de fauche et des pâturages, ainsi que des alpages montagnards (Est du massif surtout).
Sur les pentes humides et neigeuses se plaisent l’épicéa et l’aulne vert tandis que sur les crêtes calcaires du massif poussent le pin à crochets (très clarifié) et les landes à éricacées.
L’homme utilise les alpages subalpins pour la pâture mais en a abandonné une partie qui deviennent des landes
Cigales (plaine et étage collinéen), Papillons variés, mante religieuse, Rosalie des alpes
- Reptiles : sur les 35 espèces françaises on en trouve 10 dans les Bauges :
5 couleuvres, vipères aspics, 4 lézards.
- Amphibiens sur les 27 espèces françaises, on en trouve 9 dans les Bauges :
Crapaud sonneur, calamite, triton alpestre, salamandre tachetée, grenouille rousse
- Poissons d’eau douce sur les 63 espèces françaises, on en trouve 45 dans les Bauges :
Truite fario, chabot et vairon, perche tanche, brochet, truite arc-en-ciel.
- Oiseaux nicheurs sur les 300 espèces françaises, on en trouve 150 dans les Bauges:
Gelinotte, bécasse, pic noir, autour, pic tridactyle, chouette chevèchette, loriot, bec croisé des sapins, linotte mélodieuse, tétras, fauvette babillarde, sizerain flammé, pipits spioncelles, merles de roches, pie grièche écorcheur, tichodrome échelette, 5 couples d’aigles royaux et 100 espèces migratrices.
- Mammifères sur les 110 espèces françaises, on en trouve 80 dans les Bauges:
Chamois, chevreuils, mouflons introduits, marmottes et castors réintroduits, renards, fouines, martres, hermines, blaireaux, campagnols, mulot, musaraignes, chauves souries, castors (Isère.)
Le 19 décembre 1893 le dernier ours (153kg) des Bauges est tué.
Le 19 novembre 1954, 12 mouflons sont introduits dans la réserve de chasse.
La réserve de chasse des Bauges crée en 1954, comporte un nombre important de chamois, et de mouflons originaires de corse. L’expansion de la population de chamois des Bauges a servi à la réintroduction de cet animal dans de nombreux massifs de l’hexagone
L’HOMME DANS LES BAUGES
Après les plantes et les animaux, l’homme s’installa progressivement dans le massif. Ses actions ont alors façonné le paysage que nous avons aujourd’hui sous les yeux.
Nous n’allons pas faire un récit historique exhaustif mais plutôt nous intéresser aux traces de l’histoire dans les bauges.
L’érosion du massif a crée de nombreuses cavités que les hommes ont utilisées comme abris. Les traces les plus anciennes se situent sur la commune de Saint-Jean-D’Arvey entre le Nivolet et le mont Peney.
Premièrement, la grotte à Carret s’ouvre à proximité de la résurgence de la Doria. Elle fut certainement habitée à l’époque néolithique comme en attestent les silex et le squelette humain retrouvé par le docteur Carret. Ce personnage haut en couleur acheta une parcelle de terrain à l’entrée de la grotte et fit construire une maison a demi enterré qu’il utilisa l’été pendant 7 années afin de fouiller la cavité.
Deuxièmement, on a découvert des gravures rupestres sous les falaises du mont Peney datant de l’âge du bronze. Les contreforts des Bauges furent donc des lieux très anciennement habités ou tout du moins fréquentée.
Les peuplades celtes, originaires de l’Europe danubienne se sont sédentarisées dans les alpes après leur arrivée au début du 3 e siècle av. j-c. Des pièces éburonnes (peuplade d’origine belge, un temps alliée des allobroges) ont été retrouvées au Châtelard.
La sapaudia est la future Savoie. Les vestiges de l’époque romaine sont rares au cœur des Bauges. On peut citer les pièces de monnaies trouvées dans les environs du Châtelard, celles trouvées en 1837 dans un vase de terre a proximité de la route entre Arith et Saint-François et enfin celles mises à jour en 1863 à Vérètres(Jarsy).
Les Burgondes, originaires de l’actuelle Norvège, ont émigré au cours du dernier millénaire avant J.C avant d’atteindre la Savoie. Tout ce qu’on peut attribuer à la période Burgonde se borne aux 12 tombes à dalles de grès du hameau de Bourchigny sur la commune d’Arith trouvées en 1844.
Au 4 e siècle, se propage le christianisme venu de Palestine. Sa pénétration est lente dans les vallées isolées. Un siège épiscopal apparaît à Grenoble en 381 avec autorité sur la combe de Savoie.
La Savoie appartient au royaume de la Lotharingie ; Elle passe successivement du royaume de Provence à celui de Bourgogne transjurane.
Les Bauges ont fait partie des domaines privés des comtes de Maurienne, faits comtes de Savoie au 11e siècle. Ils en confièrent l’administration à de nombreux vassaux. Les communautés rurales s’organisèrent dans le cadre des paroisses avec leur syndic et conseils. Des contrats fixèrent les redevances dues au seigneur, les droits et les devoirs.
Puis comme le souligne la charte de 1090, confirmant la fondation du monastère de Belleveaux, devastes domaines devinrent possession des religieux.
Un siècle après la fondation de la Grande Chartreuse, 5 ans après celle de Saint-Hugon, les chartreux se font donner en 1178 par Humbert 3, comte de Maurienne, ses alpages et ses forêts de la combe de Lourdens près d’Aillon.
Ces deux ordres monastiques contribueront à façonner le paysage des Bauges par leurs activités : défrichage pour la mise en valeur de nouvelles terres, métallurgie.
En 1416, le Comté de Savoie devient Duché de Savoie ; en 1713 royaume de Sicile, 1720 royaume de Sardaigne, en 1792 les armées révolutionnaires françaises envahissent la Savoie
1796 : la Savoie le département français du mont-blanc, en 1815 la Savoie redevient province du royaume de piémont- Sardaigne ; 1860 Rattachement de la Savoie à la France
La première guerre mondiale coûta 400 vies aux habitants des bauges.
Dès le printemps 1943, Lescheraines et la compote accueillir les réfractaires au S.T.O formant par la suite l’un des 5 secteurs des mouvements unis de résistance de savoie. Des parachutages sont effectués fin 43 et début 44. Mais lors deux expéditions cette même année la gestapo détruit une soixantaine de maisons et fusille une quarantaine d’habitants
L’exode rural qui avait commencé au 19 e siècle se poursuit. Le nombre d’habitant se réduit fortement. Le renouveau des Bauges verra le jour avec le développement des sports d’hiver à la Féclaz, aux Aillons et au Margériaz. Puis le développement du tourisme vert et un retour à l’authentique conduira à la création d’un parc naturel régional et à la reconnaissance de produits de qualités résultant de savoir-faire particulier comme la tome. La population a tendance a augmenter ces dernières années.
L’AGRICULTURE
L’ensemble des alpages du massif a été gagné sur la forêt, à partir de l’implantation des moines au 11e siècle. Les éleveurs des bauges, contrairement à ceux d’autres massifs, se sont contentés de déplacements limités entre les hameaux et les granges. Le système agropastoral s’apparentait au système des montagnettes ou petites montagnes.
Avant la révolution française la plus grande partie des alpages appartenaient aux ordres monastiques. A partir de 1790, les biens furent pillés et les alpages vendus à des familles bourgeoises ou aux exploitants eux-même.Le propriétaire montait une fois pendant l’été et redescendait avec tomme et beurre. Le fermage n’étant réglé qu’en décembre après la vente des produits de l’exploitation.Les locataires acquirent les alpages à partir du début du 20 e siècle et surtout après la première guerre mondiale, la dévaluation monétaire entraînant un appauvrissement des propriétaires fonciers.
Les habitants des Bauges, petit propriétaires ont longtemps eut la réputation d’individualistes. La création de coopératives agricoles de production à fruit commun à la fin du 19e souligne le contraire. Les porteurs de lait ( les coopérateurs) vendent leur lait et louent leurs bâtiments à un fromager artisan ou employé. Le lait apporté par les agriculteurs est pesé matin et soir et la paye du lait s’effectue chaque mois en fonction du poids du lait et du cours du fromage sur le marché de Rungis
Les bâtiments se composent d’une salle de fabrication et de caves ou sont entreposées les fromages. On trouve aussi souvent à proximité un autre bâtiment abritant les « caions » que l’on engraisse avec le petit lait issu de la fabrication du fromage.
- L’exemple du Mariet d’Arith :
Une fois les foins terminés, vers 700-800m d’altitude dans les prés proche du village, la famille tout entière montait au Mariet où se trouvent des maisons d’alpage dispersées.
Les hommes vivaient dans une seule pièce équipée d’un fourneau, d’un vaisselier et d’un lit.
En 1994, 2 exploitants montaient faucher mais redescendaient immédiatement avec leur tracteur. Aujourd’hui les maisons ont étés rénovées par les habitants d’Arith, et le Mariet est devenu un lieu de randonnée apprécie des randonneurs.


vache tarine vache abondance
Savoie traditionnelle : une saison en montagne
La vie s’organise autour du cycle de l’herbe
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Au printemps ou plutôt à la fonte des neiges : on sort les animaux qui ont passé plusieurs mois à l’intérieur. Les jeunes enfants les surveillent dans les prés situés à proximité du village. Les parents fument les champs et remontent la terre.
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A la fin juin : c’est l’emontagnage. On fait les préparatifs pour la saison d’estive qui va durer 100 jours. Les enfants mènent le troupeau et le père le mulet qui transporte le linge, les outils nécessaires à la transformation du lait. Femmes et enfants vont rester dans la maison d’alpage tandis que le père redescend pour effectuer le gros du travail de l’été c’est à dire les fenaisons.
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A la fin septembre, le froid arrive. L’environnement hostile invite au retour au village. Les bêtes vont rester dans les prés autour du village jusqu’aux premières neiges. C’est le moment de récolter les céréales, de carder le chanvre et la laine et de récolter les pommes de terre. Les foires d’automne, lieu de rencontre, vont permettre de connaître le résultat de la saison en vendant bêtes et fromages.
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L’hiver : comme toute l’année, on se lève vers 5 h 30 pour effectuer la première traite. C’est aussi la période ou on complète l’activité agricole par un travail artisanal. Dans les Bauges on travail le bois, les clous que l’on colporte dans des régions parfois très éloignées. On va passer progressivement d’une émigration temporaire à une émigration permanente
Les activités saisonnières : un long passé de double actif
Des forêts, les moines de Belleveaux, la proximité du col du frêne et de la basse Maurienne des cours d’eau, il n’en faut pas plus pour expliquer une importante activité métallurgique.
Le monastère devint riche et puissant : il possédait 1300 hectares de terre dont plus de la moitié en forêt sur Ecole et Jarsy, des vignes à Saint Pierre d’Albigny, des marais à Aiton, des ateliers métallurgiques.La décadence arriva au 16 e siècle avec des querelles et un relâchement disciplinaire. L’incendie de 1718 accéléra le processus. Les moines passèrent de 11 à 3 en 1760. L’évêque d’Annecy en demanda sa fermeture face à trop d’indépendance qui fut effective en 1788.
Aujourd’hui il ne reste rien des anciens bâtiments qui furent pillés avant d’être transformés en une grange qui brûla en 1825.L’ancienne chapelle détruite pendant la révolution fut reconstruite en 1859-65.
La première entreprise connue date de 1654, Louis Turinaz arrive du Piémont et installe sur le cours du Chéran un haut fourneau, une fonderie, deux martinets. Le fer arrive de Maurienne par convoi muletier franchissant l’Isère par le bac du Pau et charbon provient de la forêt baujue. En 1728, les moines acquièrent l’établissement et le portent à son apogée. On réalise une coulée tous les 4 ans grâce à 150 employés. Après la révolution, les Guerraz puis les Plattet reprirent l’activité jusqu’en 1860 mais le bel âge était passé et il devenait difficile de se fournir en matière première.
- La métallurgie d’Aillon :
De 7 à 8 moines au départ la Chartreuse d’Aillon en a 20 à son apogée. Elle possède de nombreux biens et de vastes territoires :3000 hectares de terre dont la moitié en forêt, 11 fermes, des domaines à Doucy, des vignes dans la combe de Savoie et le lac de la Thuile. Il faut aussi ajouter la forge, deux martinets et une bibliothèque dont un inventaire dénombrait 2000 volumes. En 1582, un incendie ravage le couvent qui est reconstruit. Les 6 derniers moines furent chassés par la révolution et l’on commença à piller bâtiments et forêts.
Dès 1409 le conte Amédée 8 avait donné à Jean Arnaud et aux frères Rosset la licence pour construire des martinets, extraire le minerai de fer, et de couper du bois dans la forêt comtale. En 1658, on assiste à la fondation d’un grand établissement métallurgique avec fonderie et forge. En 1730, les Chartreux en font l’acquisition : ils ont à disposition de vastes forêts et un personnel nombreux. En 1793, l’établissement devint la propriété de la société Marguet-Guillermin-Baille mais le déclin était engagé : on passa à une coulée tous les 7 ans et de 50 à 20 ouvriers puis à 10 en 1848 et enfin l’ouverture du marché français sonna le glas de cette activité dans le massif.
Les paysans se trouvèrent subitement ruinés sans les portages et les clouteries : le surplus démographique fut alors digéré par les villes.

Les entreprises métallurgiques fournissaient la matière première à des dizaines de clouteries. L’atelier était collectif avec une dizaine d’employés, chacun apportant son matériel situé à proximité d’un cours d’eau avec une ou plusieurs roues à aubes. On produisait des clous de charpente ou de souliers que les colporteurs allaient ensuite répandre dans toutes les alpes du nord. On combinait agriculture et travail industriel mais cette activité était déjà en difficulté à la fin du 18e siècle et le rattachement en 1860 lui fut fatal avec la concurrence du marché français.
Au Noyer, on s’est très tôt spécialisé dans la clouterie pour les souliers et les brodequins. Il y avait 15 clouteries avec 135 ouvriers en 1814. En 1854, il y en avait 180 dans 20 ateliers
A Saint-françois, jusqu’en 1860 on dénombrait :8 clouteries et 60 ouvriers

La production de glace était une spécialité de certaines communes du plateau de la Leysse comme les Déserts ou Thoiry. On utilisait soit les glacières naturelles du plateau du Margériaz, soit on créait des glacières artificielles.
Les glacières naturelles(tannes )appartenaient aux habitants d’Aillon propriétaires des alpages du Margériaz qu’ils louaient aux exploitants de Thoiry. On descendait la glace du col de la Verne, enveloppées dans de la mousse ou des herbes, à dos d’homme, à dos de mulets ou par des câbles.
Les glacières artificielles se sont développées à Thoiry(environs 10 dont deux au col des Prés et 4 à Thorméroz) et aux Déserts(étang du col de Plaimpalais et des Combes). On dérivait un cours d’eau en hiver en direction d’un étang puis on découpait la glace à la scie(balles de 60 kilos) avant de la stocker jusqu’à l’été dans une glacière artificielle
La glace s ‘exportait à Chambéry, Aix-les-bains et au début du 19e Jusqu’à Lyon par le canal de Savière. En 1822, les Chambériens se plaignent de sa qualité et pensent que la meilleure est réservée aux lyonnais. Elle faisait le bonheur des limonadiers et permettait la conservation des aliments. Cette activité s’est éteinte à la veille de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui il est possible de visiter la glacière de la Rippe à Thoiry.
On appelait argenterie des bauges une vaisselle en bois tourné d’un bois blanc lumineux. On ne sait trop si cette appellation fut utilisée de manière ironique face à la pauvreté des habitants ou si elle se réfère à la qualité de l’artisanat.
Les premières traces datent de 1645 ou l’évêque de Genève dit qu’il va faire fondre son argenterie en disant qu’il pourra se fournir dan les bauges.
Les articles fabriqués sur un tour manuel étaient ceux nécessaires aux taches ménagères et au travail du lait. La Magne était la capitale de l’argenterie :au début du 19e siècle, il y avait 60 tourneurs, 20 au début du 20e, 10 en 1939.
Ce travail rapportait, ainsi les premiers toits luxueux en tôle galvanisée sont apparus à la Magne. Aujourd’hui deux artisans seulement perpétuent la tradition : l’un à Thoiry, l’autre à la Magne.
En 1839, 200 colporteurs de Saint Francois sillonnent en hiver l’avant pays et le Dauphinois mais aussi le Jura jusqu’à Bâle et Belfort, mais aussi vallée du Rhône jusqu’à valence et Avignon. En 1850, c’est le plein emploi pour les colporteurs qui partent à pied ou avec la voiture attelée qu’on appelait "la bazar ". Ils rentraient pour les fêtes du printemps et les femmes arboraient alors la mode de Paris.
L’usage voulait que chaque famille achète une poche neuve au printemps et était aussi donnée à la future bru par la belle-mère
A Arith, on est spécialisé dans le colportage de sable à récurer et dans le métier de hongreur qui consiste à castrer les chevaux.
A la Thuile, on est spécialisé dans l’élevage de jeunes « melons », c’est à dire des jeunes bœufs achetés dans les foires de tarentaise ou de Maurienne et revendus un ou deux ans plus tard, aux foires d’automne de Saint Pierre d’Albigny ou de Montmélian.La vente de cyclamen et de bois complètent aussi l’activité agricole.
L’économie du massif repose aujourd’hui sur les 3 piliers que sont le tourisme, l’agriculture, et la filière bois.
L'agriculture moderne
Aujourd’hui, les agriculteurs sont environs 800 sur le massif contre 1500 en 1998. Les ¾ des alpages sont destinés à l’élevage de génisses et ¼ à la production de lait. Après un exode rural massif, le nombre d’agriculteurs tend à se stabiliser. Le parc régional et l’AOC tome y concourent. En effets, on voit de plus en plus d’exploitants convertir une partie de leur fermes en refuge ou gîtes pour répondre à la demande des « touristes verts »
Témoignage : Denis Janin loue 180 ha (entre 700 et 1500 m d’altitude) dont 100 d’alpages, pour 60 vaches et une production de 310 000 l de lait, les ¾ vont à la coopérative et le reste est transformé sur l’exploitation en tomme et gruyère avec vente directe. Il travail avec son fils et un associé.
« Depuis la création du parc, un technicien a été embauché pour assurer la liaison avec la profession. Il les aide à monter leurs dossiers de mises aux normes, à chercher des financements. Peu à peu de nouveaux rapports de force apparaissent, en particulier avec la direction des services vétérinaires. En effet, celle-ci est plus souple si elle constate que le parc soutient nos projets. Autre point positif : cette embauche a stimulé la Chambre d’agriculture pour recruter un technicien de secteur. Mais il ne faut pas rêver, le parc ne fera pas de miracle.
En terme de biodiversité, il n’y a pas de grands changements puisque les alpages étaient déjà protégés par une réserve de chasse. Peut être contribuera t il à remettre en valeur certains alpages devenus inaccessibles, comme la commune l’a fait, il y a dix ans, avec deux d’entre eux. Quand aux touristes qui viennent de plus en plus nombreux l’impact reste faible sur nos ventes de fromages car nous nous adressons plutôt à une clientèle locale.
Bref l’alpage est pour moi une passion qui m’a été transmise depuis des générations, modifiée en rien par la création du parc »
- Des spécialités à déguster :
De nombreuses productions fromagères existent dans le massif. On peut citer le gruyère,
le vacherin, et une multitude fromages de chèvre et bien sur la tome. Autrefois aliment du pauvre, elle est devenue le fleuron du massif
La tome (AOC depuis 2002) se préparait à partir d’un lait que l’on avait écrémé pour faire du beurre. Jusqu’au 18 e siècle la tome est réservé à l’usage domestique et constitue un élément essentiel de l ‘alimentation (comme partout en Savoie)à forte valeur énergétique et se conservant longtemps.
Aujourd’hui la tome des bauges est devenu le fleuron du massif. L’AOC tome des Bauges lui assure une reconnaissance nationale et met en valeur un terroir et des savoir-faire particuliers.
Si elle impose un cahier des charges contraignant(lait de vaches tarines et abondances exclusivement, production de lait limité : 5550 l/vache/an, pas plus de 30% de fourrage extérieur au massif), elle est aussi la garantie d’un produit authentique.
La tome est un fromage à pâte pressée non cuite et à croûte fleurie soit fermière( fabriquée en alpage à partir du lait d’un seul troupeau), soit fruitière(fabriqué avec le lait de plusieurs troupeaux).
Le lait va maturer pendant 10 à 12 heures puis on réalise l’écrémage. On chauffe à 34/35 °c puis on met la pressure. Le lait va cailler pendant 30 minutes puis on va le découper pour laisser échapper une grande quantité d’eau sous forme de petit-lait. Enfin, l’étape du brassage réalisé à 34°c environs va donner des grains de caillé qui seront moulés dans des faisselles. Les tomes sont alors empilées 3 par 3 et retournées 4 à 5 fois dans les deux heures qui suivent la fabrication. 20 heures après la fabrication les fromages sont salés avant la mise en cave. Ils seront affinés pendant 6 mois en étant retournés et frottés à la main tous les jours puis tous les deux jours. Le frottage permet de rabattre les moisissures qui formeront la croûte.